MANIFESTE
Le design ne semble pas avoir de définition fixe. À mon avis, il peut y avoir autant de manifestes que de designers, ce qui peut être déroutant pour les gens de comprendre le sens de ce mot lorsqu'ils ne font pas partie de ce domaine.
Tout d’abord, il faut savoir qu’il ne s’agit pas d’un adjectif, ou du moins pas tel qu’il est utilisé actuellement dans notre langue, c’est-à-dire à des fins marketing. La chaise « design » n'a vu apparaître ce qualificatif qu'avec la volonté de vendre mieux par rapport à une chaise « non design » dans les publicités. Pourtant, il a aussi été dessiné par quelqu'un. En effet, tout ce qui existe, tout ce qui est fabriqué par l'homme, a été pensé, dessiné, conçu par une personne, qu'elle porte ou non le titre de designer.
Alors, quelle est la signification du mot design tel qu’il est utilisé par les designers ?
Historiquement, le sens premier du terme design est celui de projet. Le projet est donc l'invention d'une division du travail : celle de la conception et de la réalisation. Les deux sens de concept intériorisé et de dessin extériorisé se retrouvent fondus dans le disegno italien et dans le design anglais. Autrement dit, le design est à l’origine le terme qui réunit ces deux dimensions fondamentales de tout projet.
On parle désormais de design comme d’une méthode d’élaboration d’un projet. Cela nous amène à la percevoir comme une discipline où se sont déployées de nombreuses branches, modes de pensée et mouvements. Certaines visions se font face ou se complètent.
Pour moi, le designer doit faire preuve d'adaptabilité. Il évolue dans un monde où il doit être conscient des principaux enjeux. La mission du designer est un moyen "d'améliorer ou du moins de maintenir l'habitabilité du monde dans toutes ses dimensions" comme le disait Alain Findeli. Il est donc important d'analyser nos environnements, nos interactions, les événements et les personnes qui gravitent autour de nous.
Nous vivons aujourd’hui une période oscillant entre grande morosité et frénésie de plaisir. Nous sommes quotidiennement exposés à des crises. Face à cela, nous devenons effrayés, abattus, parfois même résignés. Lorsqu'il atteint la limite de l'intolérable, l'Homme se trouve confronté à un choix : s'abandonner au désespoir ou lutter pour une amélioration de sa condition. Si les solutions semblent hors de portée, nous chercherons à fuir la tragédie et à trouver du réconfort. Nous sommes donc à la recherche de plaisirs, d'apports satisfaisants ; cependant, celles-ci ressemblent fortement à des impulsions. Ce sont les limites du design, dues principalement à son aspect industriel. Les difficultés que l'on constate sont la manipulation du désir, le danger de frénésie de consommation, de surcharge inutile ou encore l'aspect superficiel des objets, contrairement à la satisfaction durable. En effet, le design fait appel au désir, il s'agit pour l'utilisateur d'avoir le plaisir d'acheter, d'utiliser ou d'offrir quelque chose. Bien que satisfaisant pour le moment, le plaisir s'essouffle et s'accompagne d'une nouvelle recherche de plaisir. Cet effet pousse les individus vers une existence statique et répétitive ; une fois ce fonctionnement assimilé, il peut être réutilisé à des fins asservissantes car le désir peut être perverti.
Nous recherchons constamment ce qui nous rendra heureux et sommes constamment encombrés par un ego insatisfait. Cette insatisfaction est ancrée au fondement même de nos sociétés modernes. Nous sommes alors saturés de biens matériels et de plaisirs éphémères.
Face à ce constat, il faut plutôt se concentrer sur les choses qui nous satisfont véritablement et durablement, sur celles qui nous font progresser dans la vie : autrement dit, tendre vers l'amélioration. La crise, bien que difficile, permet à l’homme de désirer une vie meilleure. Le rôle du designer, selon moi, vient de l'écoute de cette recherche. La démarche du designer est celle d'une quête d'une existence non plus tragique ou vaine, mais pleine de sens et épanouie. Elle semble donc intrinsèquement liée aux notions de recherche, de création et de vérité.
Je peux conclure ma réflexion par ces phrases : "Je positionne la partie design comme une discipline en faveur de la vie ; avec l'ambition de rendre le monde plus vivable, nos vies plus agréables et plus responsables. Devenir designer, c'est une manière de prendre part aux problématiques actuelles, tout en ayant le recul et l'humilité de se positionner comme une aide, une possibilité riche en perspective plutôt qu'un remède miracle. Il s’agit pour moi de développer une innovation, petite ou plus ambitieuse, avec une approche sensible."